Territoire Personnel d’Apprentissage une pluralité d’environnements d’apprentissage

Les lieux (architectures et espaces, matériels et virtuels) de l’éducation et de la formation sont fort peu étudiés, alors qu’ils infléchissent considérablement les conditions et les activités qui s’y déroulent (Albero, Yurén, Guérin, 2019). Pour Cleveland (2011), la notion « d’environnement d’apprentissage » comme elle est définie en recherche en éducation, désigne généralement l’environnement social et didactique i.e. comprenant un ensemble de ressources matériels, e-matériels et humaines plutôt que l’environnement ou l’espace physique d’apprentissage. En 2014, France Henri publiait un article dont l’objectif était de « caractériser la recherche sur les environnements personnels d’apprentissage (EPA) » (p. 121). Par une analyse diachronique (Soler, 2000) de l’objet scientifique au sens de Davallon (2004), Henri identifie une dichotomie de l’objet, entre interopérabilité des outils numériques dont l’enjeu est au service du changement de paradigme de l’éducation au sens des informaticiens, et une approche modulaire des outils en fonction des besoins des apprenants en rupture avec les environnements institutionnels d’apprentissage (EIA). L’objet scientifique que nous retenons est qu’un EPA est « d’abord un artefact technologique personnalisable aux configurations diverses, dont les variations sont principalement attribuables à l’intention de l’apprenant (… et) également un phénomène associé à des défis que l’apprenant se donne : construire l’artefact (…) et apprendre à l’utiliser pour l’apprendre (…). C’est dans la perspective de questionner la relation entre cet objet scientifique et l’environnement physique dans lequel les apprenants se situent, qu’est lancé ce numéro thématique qui sera publié dans la revue Médiations et médiatisations : revue internationale consacrée à l’éducation à l’ère du numérique.

L’école fournit un espace commun d’apprentissage. C’est l’une des premières structurations par l’état au 19e siècle. L’école comme un bien commun que se partage la société des savoirs et des valeurs. L’État s’est toujours préoccupé de fournir et d’encadrer pédagogiquement les conditions de travail d’apprenants, d’enseignants et de formateurs. La mise sous contrainte, par la crise sanitaire du COVID19 en 2020, des conditions d’apprentissage, d’enseignement et de formation a très brutalement questionné la relation entretenue par chaque acteur de la communauté éducative entre EPA physique et numérique. Un jour, un établissement scolaire, une salle de classe, une cantine, une chambre, une cuisine, tout un ensemble qui faisait système et sens pour l’habitant de ce territoire. Le lendemain, tous à distance, une chambre, une cuisine partagée comme espace tangible permanent d’apprentissage, un environnement numérique de travail, des visioscours qui s’enchainent… En théorie de la complexité, l’enjeu majeur n’est pas de définir le nouvel équilibre, mais la compréhension des processus mis en jeu pour l’obtenir. Dans cette perspective, ce numéro thématique ne vise pas à rendre compte de territoire personnel d’apprentissage (TPA), de relation entre outils, d’exploitation de ressources, mais de comprendre quelle part de liberté l’apprenant, l’enseignant, le formateur a accepté de délaisser pour agir à sa guise au sein d’un nouveau TPA. C’est Vidal (2012), qui pour travailler la frontière entre usages prescrits et usages réels, propose de considérer que pris dans des dispositifs technologiques créés par d’autres, l’usager négocie à tout moment la frontière de sa soumission, qui s’exprime pour certains par la créativité, à condition d’avoir les ressources en termes de compétences et de connaissances.

Pour interroger cette problématique, nous sollicitons des contributions de chercheur(e)s, de praticien(ne)s d’étudiant(e)s issu(e)s d’horizons disciplinaires différents intéressé(e)s à partager leurs recherches, analyses ou réflexions concernant les invariants de l’activité qui ont permis aux apprenants, enseignants et formateurs de créer leur TPA sous contraintes, entre EPA numérique et physique, hors de la forme scolaire (Vincent, 1994) traditionnelle. Une attention toute particulière devra être apportée dans la construction de l’objet de recherche, du point de l’échelle d’observation et du niveau d’abstraction au sens de Devallon (2004).

Les contributions soumises relèveront de l’un ou l’autre des axes suivants :

  • A l’aide de quelles connaissances et compétences, les formes de cohabitations entre EPA numérique et physique ont été ou sont possibles ? au sens d’un nouveau territoire multiforme dont les frontières partagées avec d’autres ont été ou sont à négocier et à construire.
  • Que capitaliser pour quelles évolutions du système éducatif ?
  • Quels ont été/sont les processus en jeu dans la construction d’un nouvel équilibre entre EPA numérique et physique ?
  • Avec de tels volumes de données, quelles modalités de traitement, de validation interne et externe et pour quels résultats ?

Différents types et formats de publication sont envisageables (article de recherche, de praticien, d’étudiant, de débat, etc.). Les contributions peuvent être rédigées en français, en anglais ou en espagnol.

Bibliographie sélective

Albero, B., Yurén, T. & Guérin J. (dir.). (2016, 2018). Architecture et modèles de formation dans l’enseignement supérieur : culture numérique et développement humain. (ouvrage traduit, revu et augmenté). Dijon : Raison et Passions.

Cleveland, B. (2011). Engaging spaces: Innovative learning environments, pedagogies and student engagement in the middle years of school. Thèse de doctorat inédite, The University of Melbourne, Melbourne. https://cutt.ly/rhjMMDW

Davallon, J. (2004). Objet concret, objet scientifique, objet de recherche. Hermès, La Revue, 38, 30-37. https://doi.org/10.4267/2042/9421

Henri, F. (2014). Les environnements personnels d’apprentissage, étude d’une thématique de recherche en émergence , Revue STICEF, 21( 2014). http://sticef.univ-lemans.fr/num/vol2014/16-henri-epa/sticef_2014_NS_henri_16p.pdf

Soler, L. (2000). Introduction à l'épistémologie. Ellipses, 240 p. https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00512678

Vidal, G. (2012). La sociologie des usages, continuités et transformations. Lavoisier, Hermes Science publications.

Vincent, G. (dir.). (1994). L’Éducation prisonnière de la forme scolaire ? Scolarisation et socialisation dans les sociétés industrielles. Nouvelle édition. Lyon : Presses universitaires de Lyon, 1994. https://doi.org/10.4000/books.pul.9522

 

Calendrier

  • Avis d’intention : jusqu’au 11-oct-2021
  • Envoi des contributions : jusqu’au 22-nov-2021
  • Retour d’évaluation : 17-janv-2022
  • Dernière version des contributions : 14-févr-2022
  • Publication du numéro thématique : juin 2022

Dès maintenant, si vous envisagez de soumettre une contribution, vous devez envoyer un avis d’intention au coordinateur du numéro (en mettant la rédactrice en chef en c. c.) précisant :

  • le titre;
  • le type de la contribution envisagée (article de recherche, de praticien, d’étudiant, de débat, etc.);
  • un résumé d’une demi-page.

 

Coordination de ce numéro thématique : Laurent Jeannin, laurent.jeannin@cyu.fr

Rédactrice en chef : Cathia Papi, revue-mediations@teluq.uquebec.ca

Les soumissions se font sur le site de la revue : https://revue-mediations.teluq.ca/index.php/Distances/about/submissions

En tout temps, la revue Médiations et médiatisations accepte aussi des soumissions hors thématiques pour publication dans un numéro régulier.