Revue internationale sur le numérique en éducation et communication
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Lesdéfisdelagestiondeclasse
virtuellesynchrone
Thechallengesofsynchronousvirtualclassroommanagement
Losdesafíosdelagestióndelaulavirtualsincrónica
https://doi.org/10.52358/mm.vi8.260
Isabelle Carignan, professeure
Université TÉLUQ, Canada
isabelle.carignan@teluq.ca
Steve Bissonnette, professeur
Université TÉLUQ, Canada
steve.bissonnette@teluq.ca
Charlette Ménard, professeure
Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, Canada
charlette.menard@uqat.ca
Marie-Christine Beaudry, professeure
Université du Québec à Montréal, Canada
beaudry.marie-christine@uqam.ca
Joanie Viau, doctorante et enseignante au primaire
Université de Montréal, Canada
joanie.viau@umontreal.ca
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RÉSUMÉ
L’enseignement en ligne en mode synchrone a apporté son lot de défis pour les enseignants
du primaire et du secondaire depuis le début de la pandémie de COVID-19 en mars 2020.
Basé sur des observations réalisées auprès de 10 classes du primaire et du secondaire au
Québec et en Ontario, ainsi que sur des discussions avec des enseignants, cet article de
réflexion présente quelques constats sur la gestion de classe, qui semble beaucoup plus ardue
à faire en ligne qu’en présence. Enseigner virtuellement demeure donc une solution d’urgence
si la situation l’oblige. Autrement, l'enseignement en personne demeure ce que nous pouvons
offrir de mieux aux élèves.
Mots-clés :
gestion de classe virtuelle, enseignement à distance, école virtuelle, primaire,
secondaire, défis
ABSTRACT
Synchronous online teaching brought its share of challenges for elementary and secondary
school teachers since the COVID-19 pandemic in March 2020. Based on observations made
with ten elementary and secondary school classes in Quebec and Ontario and discussions
with teachers, this article presents some observations on classroom management, which
seems much more challenging to do online than in person. Therefore, teaching virtually
remains an emergency solution if the situation requires it. Otherwise, face-to-face instruction
remains the best we can offer to students.
Keywords:
virtual classroom management, distance education, virtual school, elementary,
high school, challenges
RESUMEN
La educación en línea sincrónica ha planteado desafíos para los maestros de escuelas
primarias y secundarias desde el inicio de la pandemia COVID-19 en marzo de 2020. Basado
en observaciones realizadas con 10 clases de escuelas primarias y secundarias en Quebec
y Ontario (así como en discusiones con profesores), este artículo invita a la reflexión y
presenta algunas observaciones sobre la gestión del aula, que parece mucho más difícil de
hacer en línea que en persona. Por lo tanto, enseñar virtualmente sigue siendo una solución
de emergencia si la situación lo requiere. Al contrario, la instrucción presencial sigue siendo
lo mejor que podemos ofrecer a los estudiantes.
Palabras clave: gestión del aula virtual, educación a distancia, escuela virtual, primaria,
secundaria, desafíos
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Introduction
1
Avec la pandémie de COVID-19, les écoles ont passer de l’enseignement en présentiel à
l’enseignement virtuel. Ce mode d’enseignement a amené à son lot de difficultés. Voici un article de
réflexion lié aux défis de la gestion de classe virtuelle synchrone. Nos constats ont été émis grâce à des
observations de parents dont trois des auteures du présent article et de conversations par courriel et
en visioconférence avec des enseignants d’expérience du Québec et de l’Ontario. Un parallèle sera fait
avec les écrits scientifiques récents du domaine des interventions préventives en gestion des
comportements.
Ce qui ressort notamment des observations est le fait que la gestion de classe virtuelle synchrone et la
gestion de classe en présentiel sont deux mondes qui ne sont pas et ne seront jamais équivalents.
L’école virtuelle ne peut pas devenir une solution à long terme (Carignan, Bissonnette et Beaudry, 2021);
elle est simplement une solution de dépannage lorsque l’enseignement en présentiel n’est pas possible
pour diverses raisons (pandémie, catastrophe naturelle, maladie, etc.).
Mise en contexte et mode de fonctionnement
D’une part, les observations ont été réalisées dans deux classes virtuelles de langue française à Sudbury,
en Ontario, pour la 1
re
et la 2
e
année du primaire. D’autre part, elles ont été faites à Montréal, au Québec,
auprès de huit classes virtuelles de la 3
e
à la 6
e
année du primaire et de la 1
re
à la 4
e
année du secondaire
(une classe par année scolaire)
2
.
En Ontario
3
, l’horaire de l’école à distance en mode synchrone pour l’année 2021 comportait trois blocs de
temps qui respectait l’horaire habituel, en personne :
Bloc 1 de 8 h 45 à 10 h 30 : 105 minutes
(Pause collation et récréation : de 10 h 30 à 11 h 05)
Bloc 2 de 11 h 05 à 12 h 45 : 100 minutes
(Diner : de 12 h 45 à 13 h 30)
Bloc 3 de 13 h 30 à 14 h/14 h 10 : 30-40 minutes
(Travaux asynchrones jusqu’à 15 h 10)
Au Québec
4
, la première année et demie de la pandémie a donné lieu à des organisations différentes de
la scolarisation des élèves tant au primaire qu’au secondaire. L’âge des élèves, jumelé au palier d’alerte
de la région, guidait l’offre de service du centre de services scolaire. Rappelons que Montréal a longtemps
été une des régions au Québec où le palier d’alerte était à son plus haut.
1
Cet article est conforme à la nouvelle orthographe.
2
Cet article documente les deux années de pandémie.
3
L’Ontario a vécu l’enseignement virtuel synchrone de la mi-mars 2021 à juin 2021. En 2020, cette même province a vécu l’enseignement virtuel
asynchrone pour la même période.
4
Le scénario présenté est généralisable à l’ensemble du Québec, en grande partie.
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4
De façon générale de mai 2020 à juin 2020 (1
re
année de la pandémie)
Au Québec, les élèves du primaire, qui ont fait partie des classes observées, suivaient la classe virtuelle
le matin de 9 h à 11 h (120 minutes) et pouvaient aller en période de récupération auprès de l’enseignant
titulaire s’ils avaient des questions concernant la matière (mathématiques et français, en général). À
l’exception des arts plastiques et de l’éthique et culture religieuse, toutes les matières étaient enseignées
et évaluées. L’éducation physique a été considérée comme une matière essentielle en mode virtuel,
puisque le confinement a réduit les activités sportives de nombreux élèves. Les rencontres individuelles
des élèves en difficulté et des professionnels scolaires étaient maintenues et se réalisaient en mode virtuel.
Les élèves du secondaire suivaient la classe virtuelle selon l’horaire habituel avec des périodes de
75 minutes entrecoupées de pauses allant de 5 à 20 minutes, pour un total de 300 minutes par jour prévues
en mode synchrone.
Pour la période couvrant septembre 2020 à mai 2021
(2
e
année de la pandémie)
Toujours au Québec, le mode en présentiel était privilégié au primaire sauf en cas de fermeture des classes
ou de l’école. Toutes les matières étaient à l’horaire. Au secondaire, l’enseignement a été soit en présentiel
soit en virtuel selon les recommandations de la Santé publique du Québec. Par exemple, à certains
moments, les élèves de 3
e
, 4
e
et 5
e
secondaire avaient une journée d’école virtuelle et une journée d’école
en présentiel, alors que les élèves de la 1
re
à la 2
e
secondaire étaient attendus à l’école en présentiel.
L’horaire restait le même en virtuel et en présentiel. Les activités sportives parascolaires ont été
suspendues pour l’année.
En Ontario, toutes les matières ont été enseignées en mode virtuel, y compris l’éducation physique. Il y
avait également la prise de présence au début de chaque bloc
5
, ce qui pouvait occasionner des problèmes
de comportements chez plusieurs élèves (certains s’amusaient à changer de fond d’écran, par exemple).
Observations réalisées en contexte d’école virtuelle
En Ontario, les blocs de temps proposés sont très longs pour de jeunes élèves. Être devant un écran
pendant plus de 100 minutes est vraiment très demandant sachant que la durée de concentration d’un
élève est d’environ 15 à 25 minutes pour le primaire et de 30 minutes pour le secondaire (Dössegger,
Schmid, Stüssi, Pühse et Zahner, 2004). À 14 h, les élèves veulent jouer dehors pour s’aérer le cerveau
et bouger. À cet âge, lorsqu’un sens est stimulé, les capacités d’attention croissent et sont palpables (Duval
et Bouchard, 2019). Pourtant, lors des moments d’enseignement en ligne synchrone, l’attention visuelle
est prédominante. La voix de l’enseignante de l’autre côté de l’écran ne devient alors pas, en fin de journée,
un élément pertinent pour maintenir l’attention de l’élève. Cette structure relativement rigide a mené à
certains problèmes de comportements à l’écran. Même si plusieurs enseignants ont proposé un code de
conduite à l’écran (tableau 1), ce ne fut pas suffisant pour certains enfants.
5
Au Québec, il n’y avait pas nécessairement de prises de présence « officielle » au début des blocs de cours. Par contre, les enseignants
devaient téléphoner chez les élèves absents.
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Tableau 1
Code de conduite proposé par une école en 1
re
année du primaire intitulé Règlements pour Google Meet
Avant la rencontre
Je suis présentable (habillé, cheveux peignés).
J’ai vérifié ma caméra et mon micro.
Je suis prêt avec mes outils de travail (au besoin).
Pendant la rencontre
J’écoute avec tout mon corps.
La tablette ou le téléphone est sur une surface
solide.
Je reste assis.
Je suis calme.
Je ne touche pas l’écran.
Mes oreilles écoutent.
J’écoute lorsque l’adulte parle.
J’écoute lorsqu’un ami parle.
Ma bouche est fermée.
Je lève ma main si je veux parler.
Je parle calmement (ne crie pas).
Plusieurs comportements inadéquats ont été observés chez les élèves et, parfois même, chez les
parents
6
(tableau 2).
6
Dans les premiers temps de l’école virtuelle, certains parents disaient de gros mots en essayant d’allumer leur caméra ou pour résoudre tout
autre problème technique. Un directeur d’école dans la région de l’Estrie, au Québec, a été témoin de ces comportements inadéquats et est
vite intervenu. En effet, lorsqu’une classe fermait, il téléphonait à tous les parents pour leur expliquer leur rôle et ses attentes. Le matin de la
première rencontre, il s’adressait aux élèves pour leur dire que, si certains en profitaient pour déranger ou avoir tout autre comportement
inapproprié, ils seraient expulsés des rencontres virtuelles.
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Tableau 1
Code de conduite proposé par une école en 1
re
année du primaire intitulé Règlements pour Google Meet
Avant la rencontre
Je suis présentable (habillé, cheveux peignés).
J’ai vérifié ma caméra et mon micro.
Je suis prêt avec mes outils de travail (au besoin).
Pendant la rencontre
J’écoute avec tout mon corps.
La tablette ou le téléphone est sur une surface
solide.
Je reste assis.
Je suis calme.
Je ne touche pas l’écran.
Mes oreilles écoutent.
J’écoute lorsque l’adulte parle.
J’écoute lorsqu’un ami parle.
Ma bouche est fermée.
Je lève ma main si je veux parler.
Je parle calmement (ne crie pas).
Plusieurs comportements inadéquats ont été observés chez les élèves et, parfois même, chez les
parents
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(tableau 2).
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Dans les premiers temps de l’école virtuelle, certains parents disaient de gros mots en essayant d’allumer leur caméra ou pour résoudre tout
autre problème technique. Un directeur d’école dans la région de l’Estrie, au Québec, a été témoin de ces comportements inadéquats et est
vite intervenu. En effet, lorsqu’une classe fermait, il téléphonait à tous les parents pour leur expliquer leur rôle et ses attentes. Le matin de la
première rencontre, il s’adressait aux élèves pour leur dire que, si certains en profitaient pour déranger ou avoir tout autre comportement
inapproprié, ils seraient expulsés des rencontres virtuelles.