Revue internationale sur le numérique en éducation et communication
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Polyfolio:unoutilnumériquepour
lesuivi,l’évaluationetlaprésentationdes
compétencesdel’ingénieurenformation
àPolytechniqueMontréal
Polyfolio:Onlinetoolfortracking,assessing,andpresenting
engineeringstudentsskills’atPolytechniqueMontreal
Polyfolio:unaherramientadigitalparaelseguimiento,
laevaluaciónylapresentacióndelascompetenciasdel
ingenieroenformaciónenPolytechniqueMontréal
https://doi.org/10.52358/mm.vi9.250
Anastassis Kozanitis, professeur
Université du Québec à Montréal, Canada
kozanitis.anastassis@uqam.ca
Patrice Farand, maitre d’enseignement
Polytechnique Montréal, Canada
p.farand@polymtl.ca
Yves Boudreault, professeur
Polytechnique Montréal, Canada
yves.boudreault@polymtl.ca
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RÉSUMÉ
Polytechnique Montréal s’est doté d’un portfolio numérique pour faire le suivi et l’évaluation
des 12 compétences requises par le Bureau canadien d’agrément des programmes de génie.
Cet article présente le contexte ayant mené à la mise en place de l’outil, nommé Polyfolio, ses
principales fonctionnalités, ainsi que son processus de conception.
Mots-clés :
portfolio, évaluation, compétences, génie
ABSTRACT
Polytechnique Montréal has developed a digital portfolio to monitor and evaluate the twelve
skills the Canadian Board of Accreditation for engineering programs requires. This article
presents the context leading to the implementation of the tool, named Polyfolio, its main
features, and the design process.
Keywords:
portfolio, assessment, skills, engineering
RESUMEN
Polytechnique Montréal ha desarrollado un portafolio digital para monitorear y evaluar las doce
competencias requeridas por la Junta Canadiense de Acreditación de Programas. Este
artículo presenta el contexto de creación de la herramienta, denominada Polyfolio, sus
principales características, así como su proceso de diseño.
Palabras clave:
porfolio, evaluación, competencias, ingeniería
Mise en contexte du Polyfolio
Polytechnique Montréal, université canadienne d’ingénierie, accueille plus de 9000 étudiants aux 3 cycles
universitaires, dont plus de 5000 au baccalauréat répartis dans 12 spécialités d’ingénierie. Ces spécialités
mènent, au terme de 120 crédits suivis sur 4 ans, à un diplôme d’ingénieur reconnu par les ordres des
ingénieurs canadiens, permettant ainsi un accès à la profession. Pour être en mesure d’obtenir cette
reconnaissance, chacune des spécialités doit obtenir un agrément du Bureau canadien d’agrément des
programmes de génie (BCAPG), bureau qui relève d’Ingénieurs Canada, en faisant la démonstration
qu’elle respecte plusieurs normes.
L’une des normes les plus importantes est d’être en mesure de démontrer que les diplômés d’un
programme possèdent les compétences requises pour exercer la profession d’ingénieur. À cet effet, le
BCAPG a mis en place, à la fin des années 2000, un référentiel de 12 grandes compétences (que le
BCAPG nomme « qualités ») à développer dans toutes les facultés de génie au Canada (Ingénieurs
Canada, 2018). Le tableau 1 présente la liste de ces 12 compétences.
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Tableau 1
Compétences à développer chez tous les étudiants en génie au Canada
1. Connaissances en génie
7. Communication
2. Analyse de problèmes
8. Professionnalisme
3. Investigation
9. Impact du génie sur la société et l’environnement
4. Conception
10. Déontologie et équité
5. Utilisation d’outils d’ingénierie
11. Économie et gestion de projets
6. Travail individuel et en équipe
12. Apprentissage continu
De plus, chaque programme doit démontrer que les résultats obtenus de l’évaluation de ces compétences
permettent de perfectionner la formation offerte. Il est donc requis de mettre en place un processus
d’amélioration continue. Pour Polytechnique Montréal, ce processus compte cinq grandes étapes (voir
figure 1).
Figure 1
Vision globale du processus d’amélioration continue des 12 compétences de l’ingénieur à Polytechnique
Montréal
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Tout d’abord, le développement des compétences des étudiants (étape 1) s’effectue lors des différentes
activités vécues par ces derniers (cours, projets, stages…). Des points de contrôle précis au nombre
minimal de trois par compétence ont été identifiés pour évaluer les compétences (étape 2). Pour chacun
des points de contrôle, des grilles d’évaluation avec échelles descriptives ont été développées. Les
résultats de l’évaluation sont insérés dans un environnement numérique et des graphiques sont générés
pour les présenter (étape 3). Ces résultats sont analysés par chacun des programmes, puis des
recommandations sont formulées (étape 4). Finalement, les recommandations sont implantées par le
programme et les retombées sur le développement des compétences des étudiants sont évaluées (étape
5). Ce cycle se poursuit de façon perpétuelle pour assurer que soit possible l’amélioration continue des
programmes.
Pour parvenir à faire le suivi, l’évaluation, la certification et la présentation des compétences des étudiants,
il a été nécessaire de développer un portfolio numérique (Bélisle et al., 2017). Cet environnement, nommé
Polyfolio, est la pierre angulaire de tout le processus énoncé précédemment et est décrit en détail dans
cet article.
Enjeux liés au choix d’un portfolio numérique
Le recours au portfolio numérique implique un processus de décision qui tient compte des besoins et du
contexte de formation et d’évaluation (Shaklee et al., 1997). Pour Polytechnique Montréal, ce processus
s’inscrit dans un contexte d’évaluation de compétences et le besoin de documenter le parcours de
développement de ces dernières (Tardif, 2006). Ainsi, après avoir considéré des solutions alternatives
libres (Mahara et Eduportfolio) ou commerciales (Blackboard Learn, WEAVEOnline et Taskstream),
Polytechnique Montréal a fait le choix de développer son propre outil numérique qui sert aujourd’hui de
portfolio pour l’ensemble des étudiants inscrits au baccalauréat.
Plusieurs facteurs ont influencé cette décision, notamment des considérations juridiques, économiques et
fonctionnelles, ainsi que les injonctions émises par le BCAPG. Sur le plan juridique, les lois canadiennes
concernant le droit à la vie privée et la protection des données sensibles et personnelles requièrent que
les documents déposés dans le portfolio soient hébergés sur des serveurs situés au Canada. Or, la plupart
des solutions commerciales étaient situées aux États-Unis. Par ailleurs, ces dernières avaient des coûts
d’acquisition et d’exploitation qui excédaient les limites de l’enveloppe budgétaire allouée par la direction.
Toutefois, ce sont les besoins en fonctionnalités ainsi que les prescriptions du BCAPG qui ont le plus influé
sur la décision et qui ont conséquemment fait que les solutions alternatives libres, disponibles à l’époque,
soient écartées. De surcroît, l’environnement numérique devait être sécuri pour empêcher que
quiconque puisse y déposer un document inapproprié ou encore qu’il puisse modifier les informations
consignées de façon frauduleuse. L’enjeu de la validité et de la pérennité des informations contenues ainsi
que celui du contrôle des droits d’accès selon le type d’utilisateur se trouvaient au cœur des réflexions
préliminaires du processus de conception du portfolio. Ce dernier a nécessité la mise sur pied d’un comité
formé d’une gestionnaire de projet, d’un programmeur, du directeur des études de premier cycle, d’un
conseiller pédagogique et de trois professeurs. La première tâche du comité a été de rédiger le cahier des
charges, un document qui a guidé le travail de conception du programmeur. Le cahier des charges indique
les exigences et les spécificités attendues en termes de fonctionnalités désirées, les contraintes évoquées,
ainsi que les rôles et les privilèges des usagers. En ce qui a trait aux rôles possibles des usagers, Polyfolio
en distingue cinq, soit administrateur, responsable de programme, enseignant, étudiant et représentant
BCAPG.